Les contes de la pendule

C’est la nuit, bercée par le tic-tac de la pendule, Marthe regarde son vieux Jean qui dort et qui, au fond de ses rêves, est un singe :
le Roi des Singes… qui rêve lui-même d’immortalité.
Tic-tac…
Voilà que le temps s’emmêle !

CAPTURE - Marthe et Jean et singe - copie.jpg

D’abord, il y a la découverte de ce singe terrible, né d’une pierre, qui devient roi et qui défie les dieux du ciel de Chine. Un récit fleuve de l’Antiquité Chinoise, qui tient quelques 2000 pages dans la Pléiade…
Comment raconter, ne serait-ce qu’une infime partie d’un tel monument ? Choisir ? Élaguer ? Parcourir ? Résumer ?
C’est un long chemin ; une première tentative, teintée de musique chinoise contemporaine, m’a permis de démarrer, de travailler sur une écriture, de mesurer le souffle qu’apporte et que nécessite en même temps un récit de de type. Un long travail ‘à la table’.

Ensuite, il y a eu, dans la même période, un motif rencontré dans un conte traditionnel ; ce couple de vieillards qui rajeunissent en sirotant une eau de jouvence. Là, ça a été tout le contraire : un travail dans l’instantané : ce conte, entendu par hasard et repris, dés le lendemain, puis raconté un nombre incalculable de fois pendant les mois qui ont suivi, dans un service d’oncologie où j’ai travaillé de très nombreuses années, notamment avec de jeunes adultes. Ici, pas de travail à la table mais un retour incessant à cette narration, dans l’intimité des chambres visitées à la nuit tombée.
Petit à petit, la vie du couple se dessine, sur le mode de l’improvisation, avec donc un tas de versions différentes : il y a une infinité de manière d’arriver à l’âge de 80 ans…
Un motif récurrent : à 20 ans, ils ont subitement décidé de tout quitter pour partir en voyage et n’ont consenti à rentrer chez eux que 60 ans plus tard. N’est-ce pas un (des nombreux) privilèges de conteur que de s’inventer des vies ?

En troisième lieu, une commande de la Médiathèque de Limeil-Brévannes : venir raconter six fois dans l’année, des contes du monde entier ! Et voilà les histoires qui s’emmêlent et mes deux vieux de devenir conteurs et de parcourir le monde pour un collectage qui leur prendra toute leur vie.
Et voilà une nuit sans fin où le très vieil homme rêve qu’il est un singe, qui rêve lui-même, d’immortalité et où sa très vieille femme repasse le fil du long voyage qu’a été leur vie.

Est-ce qu’on porte un conte ou bien le conte qui nous porte ? Les deux, non ? En tous cas, au fil du temps des fils se tissent, des ramifications apparaissent, des ponts, des tunnels, des tangentes… Et voilà qu’une histoire se créée par – autant que malgré moi – qui mélange tous ces ingrédients – et bien d’autres – au rythme de la vie, le jour comme la nuit, dans la veille autant que dans le sommeil…

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